Mali – 4 ème Audience publique : Des témoignages pathétiques avec la vaillance de la CVJR

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Comme il en a toujours été depuis décembre 2019 la Commission – vérité -justice et réconciliation (CVJR) organise des audiences publiques dans le but de promouvoir la reconnaissance nationale aux victimes et leur rendre leur dignité. Ce qui est un espace d’écoute avec des témoignages émouvants, à travers un mandat donné à la CVJR par le Gouvernement du Mali. Ce samedi 18 septembre 2021 a lieu la quatrième audience publique non judiciaire au Centre International de conférence de Bamako (CICB). Pour la paix et la réconciliation, les victimes racontent les faits. Et ce fut des témoignages pathétiques, très poignants auxquels personne ne pouvait y résister. La réussite de ces audiences révèle d’une importance capitale pour la paix et la réconciliation nationale dans le pays. ET cela grâce aux efforts et à la bravoure de la CVJR, dirigée par Ousmane Oumarou Sidibé.

La cérémonie d’ouverture de cette audience a été présidée par le ministre de la Réconciliation nationale Colonel Ismaël Wagué. Qui avait à ses côtés le président de la CVJR Ousmane Oumarou Sidibé et la représentante des associations des victimes, Fatoumata Touré. Elle a également enregistré la présence des membres du Gouvernement, des ambassadeurs et diplômantes accrédités en République du Mali et des associations de défenseurs des droits humains.

En effet, la première audience du 08 décembre 2019 a porté sur « les atteintes au droit à la liberté », la deuxième audience du 05 décembre 2020 sur « les atteintes au droit à la vie, torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants » et la troisième du 03 Avril 2021 sur « les disparitions forcées ». Ainsi, cette quatrième a aussi porté, vu leur importance, sur les trois thèmes précédents des audiences passées « les atteintes au droit à la liberté », « les atteintes au droit à la vie et à l’intégrité physique », et « les disparitions forcées». Au total, 17 victimes ont témoigné pendant cette quatrième audience. Parmi elles, 10 victimes ont fait des témoignages individuels et 7 l’ont fait en collectif dont 2 duos et 1 trio. Les victimes étaient composées de 13 hommes et 4 femmes. Cependant, dans sa mission de promouvoir le dialogue sur le passé et la réconciliation nationale,
la Commission -Vérité -Justice et Réconciliation prend toutes les dispositions nécessaires pour préserver les intérêts des victimes et témoins prenant part à ses audiences, y compris par un examen médical et un soutien psychologique offert avant et après avoir les audiences.
Au cours de cette audience, le président de la CVJR Ousmane Oumarou Sidibé s’est dit optimiste pour la réussite de la réconciliation nationale dans le pays, avec tous les efforts dont les réparations aux victimes que le Gouvernement consentis de jour en jour. « Malgré la gravité de violences, les victimes ont toujours été et sont dans un esprit de pardon et de réconciliation nationale. C’est la raison pour laquelle, l’assemblée plénière de la CVJR a décidé de consacrer la présente séance aux trois premiers thèmes passés à savoir : les atteintes au droit à la liberté (arrestations, détentions, enlèvements, séquestrations,); les atteintes au droit à la vie et à l’intégrité physique (assassinats, meurtres, tortures, traitements inhumains, cruels et dégradants); les disparitions forcées», a-t-il déclaré.

Le Mali, depuis son indépendance ayant connu des rebellions armées et des crises politiques qui ont occasionné des violations graves de droits de l’homme (meurtres et exécutions extrajudiciaires, arrestations et détentions arbitraires, enlèvements et séquestrations, violences sexuelles, pillages, vols et destructions de propriétés, disparitions forcées, tortures et autres traitements cruels inhumains ou dégradants, etc..), vit désormais le pire moment de son existence. Nous voici certains récits des victimes !

ATTEINTES AU DROIT À LA LIBERTÉ ET ATTEINTES AU DROIT À L’INTÉGRITÉ PHYSIQUE ET PSYCHOLOGIQUE

Lors du putsch qui renversé le premier président de la République du Mali, Gaoussou Diarra, Maître Mariam Diawara et Abdoulaye Sissoko ont témoigné. Ils l’ont fait au nom du collectif des victimes. Selon eux, ce fut une véritable chasse aux sorcières dans toutes les régions du pays. Ce coup d’Etat du 19 novembre 1968 ayant mis fin au régime du Président Modibo KEITA, a occasionné son arrestation et celle de 40 autres cadres de l’administration, de ses compagnons et collaborateurs dont leurs propres parents. Ils ne savent pas les raisons de leur arrestation. Leur compte bancaire a ensuite été bloqué. Ils ont été détenus arbitrairement sans jugement dans un premier temps à la permanence du parti puis déportés un peu partout dans le pays. Pendant leur détention, ils ont subi plusieurs types de violations graves des droits des droits de l’homme tels que les tortures, traitements cruels, inhumains ou dégradants. Leurs parents ont passé dix ans en détention puis libérés sans être jugés. En plus des conséquences ci-dessus citées, certaines femmes victimes ont été privées d’observer leur veuvage. C’est la raison pour laquelle ils ont décidé de participer à cette audience publique afin de partager leur souffrance avec le peuple Malien et la communauté internationale, 40 ans plus tard. Bourama Sissoko est le père de Abdoulaye Sissoko, un proche de Modibo KEITA. Il fut un enseignant, travaillant au ministère de la jeunesse. Bourama était parmi les personnes arrêtées, en prison à Taoudénit. « Nous étions 09 enfants. Notre maman fut illettrée. je ne savais pas où se trouvaient mes frères pendant au moins 3 ans à cause de la pauvreté », a fondu en larmes Abdoulaye Sissoko.

ATTEINTES AU DROIT À LA VIE

Fousseyni Diallo et Binta Diallo sont respectivement âgés de 52 et de 41 ans.
Leur village de Koulogon-Peulh fut attaqué le 1er janvier 2019 par les Donso. Cette attaque a coûté la vie à 45 personnes dont 15 membres de la famille DIALLO. Trois ans après cette attaque horrible, le village a reçu une délégation de haut niveau conduite par le Président de la République de l’époque qui est partie se recueillir sur la tombe des personnes assassinées. Le Président avait instruit au chef d’état-major général de l’armée de prendre des dispositions pour sécuriser le village et en application de cette instruction des militaires sont restés au village pendant 07 mois. Après leur départ, les assaillants sont retournés pour saccager tout ce qui restait comme biens matériels. Le baptême d’un nouveau-né devrait avoir lieu ce 1er janvier 2019, mais malheureusement ce baptême n’a plus eu lieu car ce bébé a été calciné au cours de la même attaque. Suite à cela, certaines familles ont été obligées de quitter le village.

Quant à Abdoulaye Yattassaye, âgé de 47 ans est un éleveur, cultivateur et commerçant à Niono. Il a été victime d’assassinat de son oncle du nom de Ousmane Yattassaye. Suite à un différend survenu au sein du collectif des éleveurs de Niono, l’oncle de la victime du nom d’Ousmane Yattassaye a été arrêté par la gendarmerie de Niono. Cette interpellation lui a coûté la vie car des hommes armés en tenue militaires sont venus le chercher dans la cour de la gendarmerie pour l’emmener vers une destination inconnue. Au cours de leurs recherches, ils ont été informés par un berger que l’oncle a été tué et enterré derrière la résidence du Commandant de Brigade. Grâce aux contacts, une délégation spéciale du Ministère de la justice a quitté Bamako pour Niono afin de procéder à l’inspection et l’exhumation du corps. Ce qui leur a permis de trouver le corps dans le lieu indiqué. Depuis ce jour jusqu’à la date d’aujourd’hui, le dossier est bloqué au niveau du tribunal de la commune III du district de Bamako. Ils ont aussi saisi le Médiateur de la République à 03 reprises sans suite favorable. Ils veulent savoir ce qui s’est passé et pourquoi M. Ousmane a été tué ?

Par contre Hawa Doumbia, âgée de 63 ans, a été une victime collatérale d’un obus qui a explosé à Gao le 15 avril 2015. Les fragments de cet obus ont touché sa fille qui se trouvait sur le toit de la maison entrain de réviser ses leçons pour préparer un examen. Bien avant cette explosion, son unique fils et sa femme ont été des handicapés. Suite à cet accident, sa seule fille a aussi été évacuée à l’hôpital de Gao et malheureusement ses membres inférieurs ont été coupés. Cette dernière n’a pas pu supporter l’opération et est finalement décédée quelques semaines après. Commerçante à l’époque, Hawa n’a plus rien aujourd’hui à vendre et cherche de quoi à manger.

Aussi, Amidou Guindo a 48 ans. Il est
marié à 2 femmes et a 15 enfants.
Son village a été attaqué par les groupes armés en 2019 causant la mort de 06 personnes dont son père et son fils. Les assaillants ont pillé et brûlé des greniers et plus de 60 motos. Ils ont emporté tous les animaux avec eux. Tous les habitants ont quitté le village pour aller à Bankass qui se trouve à 150 Km du village. Son père a été tué. L’un de ses fils gravement blessé est finalement mort. Sa femme a aussi été blessée étant enceinte mais elle a survécu. Les animaux ont été brûlés vifs. Il a perdu une trentaine de vaches et plus de 50 chèvres et moutons.

ENLÈVEMENT, SÉQUESTRATION ET MARIAGE FORCÉ

Dans cette forme de violences, on retrouve Korotoumou Sangaré, âgée de 28 ans. Elle est mariée et a 3 enfants. Korotoumou habite présentement à Niono dans la région de Ségou. Selon Madame Sangaré, en 2012, un lundi vers 11 heures des hommes armés sont venus enlever la maman de la victime à cause de sa beauté physique pour la remarier de force. La victime et ses frères ont été obligés de quitté le village pour Niono à cause de la stigmatisation. Une année après, la maman les a trouvés à Niono très « tripotée » et méconnaissable. Depuis lors la maman n’a plus retrouvé une bonne santé, elle était tout le temps malade jusqu’à son décès. C’est son mari qui prend ses frères et elle-même en charge. La victime ne souhaite pas que de tels actes arrivent à une autre femme dans le monde.

À retenir également dans le village de Yoro 1 et Yoro 2, deux personnes annonymes ont fait des témoignages très émouvants. Leur village de Yoro dans le cercle de Bankass a été attaqué le 17 juin 2019 par les groupes armés djihadistes causant la mort de 95 personnes dont 15 membres de leur famille. Cette attaque a engendré des conséquences énormes pour le village : des greniers et moyens de déplacement ont été brûlés ; les édifices de bases ont été pillées et brûlées ; le barrage, les puits à grand diamètre et les châteaux d’eau ont été sabotés. Tous les animaux ont été emportés dans leur retrait. Ce sont des actes inhumains qui dénaturent l’humanité tout entière et dépassent l’entendement. Les villageois ont passé 4 mois sans dormir assez et pendant lesquels il y avait tout le temps des attaques systématiques puis sporadiques. Ces djihadistes sont toujours présents dans le village et les femmes sont à leur merci. Ce qui a provoqué beaucoup de divorces. Les habitants du village se demandent souvent s’ils font partis du Mali ? Leur vœu le plus ardent aujourd’hui est le renforcement de la sécurité, la réhabilitation des points d’eau, la réouverture des classes et le déminage des voix d’accès. Certaines victimes qui ne sont plus dans leurs villages demandent le retour des militaires dans leurs localités en premier afin qu’elles puissent se rendre dans leurs villages et, ont besoin d’aide et de soutien matériel. Les victimes ont enfin souhaité que ces situations ne se répètent plus.

Nia Dialla KEITA

Nia Dialla
Nia Diallahttps://actu-globe.com
Promoteur et Directeur, Nia Dialla KEITA est un enseignant journaliste, spécialiste des langues française et anglaise. Il dirige la rédaction de la presse en ligne “actu-globe.com”, un site web malien d'informations générales pour le Monde. Tel: (+223) 74 73 31 29 / 69 66 46 37

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