Mali – Suivi de la Politique nationale de nutrition par la société civile : « La politique est assortie d’un programme que la société ne connaît pas. Il devient difficile de faire un suivi structuré des choses qu’on connait pas », dixit Fousseny Traoré, le coordonnateur de Right2Grow.

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Dans une interview qu’il nous a accordée, Fousseny Traoré de Action Contre la Faim (ACF), en charge de coordonner les plaidoyers et les activités de communication du Genre au niveau de cette structure, et également le coordonnateur de Right2Grow affirme que la société civile malienne ne connaît pas ce qui signifie réellement le contenu de la politique nationale de nutrition. Pour avancer, il estime qu’il faut que la société civile malienne se mobilise davantage à connaître et à maîtriser le contenu de cette politique. Et cela à travers leur suivi du document pour lutter efficacement contre la malnutrition sous toutes ses formes dans le pays. Cependant, pour chaque pays, la nutrition est un aspect important du développement économique et le bien être nutritionnel est nécessaire pour avoir une population en bonne santé et jouissant de toutes ses capacités de production. La prise en compte de la nutrition dans les programmes nationaux de réduction de la pauvreté et du développement en général augmenterait fortement les possibilités de succès des efforts qui sont engagés pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Dans le même registre, le Plan national d’accès à l’eau potable 2004-2015 (PNAEP) a également été élaboré pour répondre aux OMD pour l’eau afin de réduire de moitié la proportion de personnes n’ayant pas un accès durable à l’eau potable.
L’analyse de la situation nutritionnelle et alimentaire met en évidence plusieurs problèmes de nutrition. Il s’agit notamment de la forte prévalence des malnutritions chronique et aigue chez l’enfant d’âge préscolaire, la prévalence élevée des malnutritions chez les enfants d’âge scolaire, la forte fréquence des carences en micronutriments (vitamine A, iode, zinc et fer) et une proportion élevée de faible poids à la naissance associée à un déficit énergétique chronique chez les femmes en âge de procréer. Ces problèmes de sous-nutrition coexistent de plus en plus avec les maladies chroniques liées à l’alimentation.
Rappelons que Right2Grow est un consortium d’ONG, qui intervient dans 6 pays dont le Mali à travers 24 communes notamment dans les régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso et le District de Bamako. C’est un programme pour plus de plaidoyer et de veille citoyenne, financé par le ministère des affaires étrangères des Pays-Bas. Pour plus de détails, l’interview ci-dessous en dit plus.

Journaliste : QUE PENSEZ-VOUS DU SUIVI DE LA POLITIQUE NATIONALE DE NUTRITION AU MALI PAR LA SOCIÉTÉ CIVILE ?

Coordinateur de Right2Grow, Fousseny Traoré :
La première contrainte est la connaissance de cette politique par les acteurs de la société civile, qui souvent restent dans les généralités alors qu’une fois que les politiques sont validées, on doit se donner le temps de maîtriser leur contenu, de savoir les indicateurs qui sont dans le plan d’actions afin de les suivre sur le terrain. La politique est assortie d’un programme que la société ne connaît pas. Il devient difficile de faire un suivi structuré des choses qu’on connait pas. C’est pourquoi dans le programme Right2Grow, on a amené la Direction Nationale de l’Hydraulique à partager des aspects de la politique nationale de l’eau. Une fois que le plan d’actions multisectoriel de la nutrition va être validé au niveau du Gouvernement, on va aussi programmer des sessions de partage du contenu de ce plan d’actions.
Néanmoins, on commence à évoluer du côté de la société civile mais, il faut qu’on s’approprie du contenu des politiques nationales notamment la politique nationale de nutrition et le plan multisectoriel de la nutrition qui permettent de voir que la nutrition est partout en tenant compte de l’eau, de l’assainissement, de l’élevage. Il est important de maîtriser ces deux documents qui permettront à tous les acteurs particulièrement la société civile à faire des questionnements au niveau des communes aboutissants à des analyses croisées pour faire ressortir des disfonctionnements. Le travail de la société civile est de signaler le bon et le mauvais sans partie prise.

QUEL EST L’ÉTAT DES LIEUX AUJOURD’HUI AU NIVEAU DE LA SOCIÉTÉ CIVILE ?

Aujourd’hui, il y a une dynamique très forte au niveau de la société civile qui donne de plus en plus ses positions et est en train de mettre en place des outils au niveau des communes avec des points focaux qui sont formés presque dans toutes les communes du Mali par le Groupe de Suivi Budgétaire (GSB) pour savoir comment les choses se passent dans les communes. Cette société civile est également capable aujourd’hui d’amener le Gouvernement à s’engager de façon concrète dans des cadres au niveau international et a aussi des moyens de suivre les engagements que le Gouvernement prend au niveau international. C’est à dire que la société civile malienne est en mesure d’influencer l’élaboration des politiques et participer aux cadres qui permettent d’évaluer les politiques publiques.
Le problème serait la difficulté de se mettre ensemble, de partager les expériences et d’accepter que quand quelqu’un a produit un outil et que l’autre veut élaborer des nouveaux outils doit partir vers celui qui a déjà conçu des projets pour ne pas reprendre à zéro afin de mettre tout ensemble pour être efficace.

QUELLES SONT LES PERSPECTIVES QUE VOUS AVEZ DÉJÀ PRÉCONISÉES ?

Les perspectives pour nous, c’est de saisir déjà les opportunités politiques qui arrivent comme la révision de la Constitution pour être sûr que c’est un droit à l’eau, un droit à l’assainissement de façon explicite, un droit à une nutrition de façon explicite car, il y a tout un travail à faire en terme d’argumentaires. Une fois que ces droits sont votés dans la nouvelle Constitution. Cela va nécessiter de nouveaux programmes qui vont être budgétisés dans le budget d’État et les partenaires vont venir financer ces programmes. L’implication de la société civile est très grande pour avoir ces droits à l’eau, à l’assainissement et à la nutrition dans la nouvelle Constitution. L’autre défi avec le programme Right2Grow est d’utiliser les instances qui existent déjà aux niveaux local, communal, régional et national, afin de s’organiser à occuper efficacement le terrain pour pouvoir partager leur point de vue, leurs propositions de solutions et travailler à ce que les innovations déjà proposées par les chercheurs soient connues et que les autorités s’intéressent à ces résultats de la recherche pour aller vite quand on sait que les indicateurs de la sécurité alimentaire et de la nutrition sont pratiquement tous au rouge. C’est vraiment inquiétant avec tout ce qu’on vit comme difficultés, les efforts doivent être fournis pour trouver des solutions au plus vite à travers des grandes idées.

Propos recueillis par Nia Dialla KEITA

Source : actu-globe.com

Nia Dialla
Nia Diallahttps://actu-globe.com
Promoteur et Directeur, Nia Dialla KEITA est un enseignant journaliste, spécialiste des langues française et anglaise. Il dirige la rédaction de la presse en ligne “actu-globe.com”, un site web malien d'informations générales pour le Monde. Tel: (+223) 74 73 31 29 / 69 66 46 37

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