Mali – Assassinat de la vieille Diogou Sidibé dans son champ pour son refus d’esclavage à Lany Mody : 24 personnes placées sous mandat de dépôt et 5 autres sous contrôle judiciaire

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Le samedi 31 juillet, le corps sans vie de la vieille Diougou Sidibé a été retrouvé dans un sac. Elle avait été tuée dans son champ, dans la matinée du vendredi. Les bourreaux, après avoir tenté de brûler son corps, sans succès, avaient fini par le mettre dans un sac de 100kg et le jeter dans une flaque d’eau un peu distante de son champ. Le tribunal de grande instance de Kayes s’est saisi de cette affaire et 24 personnes, dont l’imam et le chef de village, ont été placées sous mandat de dépôt, le vendredi 05 Août. Cinq (5) autres personnes sont mises sous contrôles judiciaires.

Situé à environ 80km de Kayes, Lani Modi est un village de la Commune de Sony, non loin de la frontière sénégalaise. Ces dernières années, le village est secoué par le phénomène de l’esclavage par ascendance. Tandis que la chefferie traditionnelle veut maintenir cet esclavage, qu’elle assimile à une ” coutume “, ceux qui subissent ont décidé de ne plus accepter cette discrimination.
La vieille Diogou faisait partie de ces personnes, en quête de liberté contre l’esclavage par ascendance. Et 2019, pour avoir refusé son statut d’esclave, la vieille femme, Diougou Sidibé, avait été dépossédée de son champ, qu’elle cultivait depuis 30 ans. Dans ces zones esclavagistes, la terre est censée être l’apanage de la chefferie traditionnelle, considérée comme ” Noble”. Ces derniers soutiennent que les terres que cultivent les ” esclaves ” ont été données au nom de la tradition. Une tradition qui défend l’esclavage par ascendance. Alors, pour eux, ceux qui veulent quitter ce statut d’esclaves doivent aussi quitter leurs champs.
Après avoir été dépossédée de son champ, la vieille Sidibé s’était tournée vers le tribunal de Kayes, en déposant une plainte pour réclamer sa restitution. A la suite du jugement, le tribunal de Kayes l’avait réhabilitée, l’autorisant à cultiver son champ. Et c’est ce qu’elle avait commencé à faire. Cette décision judiciaire avait déplu à certains tenants de l’esclavage. C’est pourquoi, le 10 juin dernier, 5 femmes du village avaient agressé la vieille dans son champ.

Suite à cet incident, les 5 femmes ont été interpellées, et l’instigatrice, placée sous mandat de dépôt, les autres sous contrôles judiciaires. Quelques temps après, l’un des fils de la vieille, accompagné par ses enfants, s’était rendu dans le même champ pour le cultiver. Certains hommes s’y sont rendus et l’ont sommé de quitter le champ sous peine d’être tué. Ce fils, avec ses enfants, s’était retiré du champ. Le mercredi 27 juillet, celle qui est emprisonnée à Kayes pour avoir frappé Diogou, avait demandé la liberté provisoire. C’est ainsi que la vieille Diogou Sidibé sera appelée à Kayes pour donner son avis sur cette mise en liberté provisoire. Diogou s’opposa à cette liberté et la femme retourna en prison.
Le vendredi matin suivant, Diogou Sidibé se rendit comme de coutume à son champ. Mais, lorsque les enfants lui apportèrent son repas, ils ne la retrouvèrent pas sur place. Informés, sa famille et ses soutiens partirent à sa recherche dans la forêt. Ils furent relayés, le lendemain, par les enfants. C’est ainsi que, vers 10h, son corps a été retrouvé dans un sac, jeté dans une flaque d’eau. Les bourreaux, après avoir découpé certaines parties du corps, ont ensuite tenté d’y mettre le feu. Sans succès.

C’est la Protection civile qui a été appelée pour enlever le corps. Mais compte tenu de l’état de décomposition, les autorités ont donné la permission d’enterrer la vieille Diogou. Et le tribunal de Kayes s’est saisi de l’affaire pour traquer tous les bourreaux et leurs complices impliqués dans l’assassinat de cette femme. Ce vendredi 05 Août, 29 personnes présumées coupables ont été inculpées, dont 24 placées sous mandat de dépôt et 5 autres sous contrôles judiciaires. Parmi les personnes placées sous mandat figurent l’imam et le chef de village. Elles sont poursuivies pour ” assassinat, discrimination, séquestration et torture “.

Oumar Bagayoko, Correspondant Kayes
Source: l’indépendant

Nia Dialla
Nia Diallahttps://actu-globe.com
Promoteur et Directeur, Nia Dialla KEITA est un enseignant journaliste, spécialiste des langues française et anglaise. Il dirige la rédaction de la presse en ligne “actu-globe.com”, un site web malien d'informations générales pour le Monde. Tel: (+223) 74 73 31 29 / 69 66 46 37

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